COMMUNE DE : Ndesha : Une Commune au coeur de l'histoire et de la vie urbaine de Kananga
Le bureau de la mairie
de Ndesha|Photo : Bena-Luluabourg.com
Située à Kananga, au Kasaï Central, Ndesha Centre est bien
plus qu'une simple municipalité. Créée par le pouvoir colonial belge après la
Seconde Guerre mondiale, cette commune incarne un symbole de la ségrégation et
des luttes pour l'égalité, tout en jouant un rôle essentiel dans la dynamique
urbaine de la région.
Les origines de
Ndesha
Ndesha a été la deuxième commune indigène créée par les
Belges, après Nganza. Initialement désignée comme un centre extra-coutumier,
elle a été établie pour servir de liaison entre la population rurale et la
ville. Les autochtones lulua n'ayant pas accès à Luluabourg, cette commune a
permis à ceux qui y travaillaient de se rapprocher de la ville, tout en
maintenant une séparation stricte entre les différentes communautés. La poste,
symbole de modernité à l'époque, y a été implantée pour renforcer ce lien.
Majoritairement peuplée par des Baluba de Bakwanga au
départ, la commune a vu les Lulua être contraints de s'établir au-delà des
voies ferrées. Ce n'est qu'à partir des années 1950 que les Lulua ont eu la
possibilité d'habiter Ndesha, qui a alors perdu son statut d'extra-coutumier.
Un épicentre
d'activités et de résistance
La commune de Ndesha se développe le long d'une grande
avenue, aujourd'hui appelée avenue de la Révolution, reliant le rond-point
Notre Dame au passage à niveau de Lukonga. Ndesha devient rapidement un foyer
pour les « évolués kasaiens », des figures influentes comme Kalonji Mulopwe, Mpuka
Thomas et l’homme d’affaires Buana Michel.
Dès les années 1950, Ndesha s'affirme comme un centre
d'activité politique, avec la création d’organisations comme Lulua Frères pour
les Lulua et Nkonga pour les Baluba Lubilanji. C'est également sur cette terre
que se déroule une manifestation majeure contre le pouvoir colonial,
tragiquement réprimée, entraînant la mort de Ngalandenga, une femme célèbre du
quartier.
Les infrastructures de Ndesha se développent, avec deux
gares routières pour les voyageurs, faisant d'elle un carrefour commercial
vital.
Des leaders élus et
un foisonnement économique
En 1958, Henri Nzuji devient le premier bourgmestre noir de
Ndesha Centre, suivi par Mulumba Diulu l'année suivante. Cette période marque
un tournant pour la commune, qui devient le poumon économique de Kananga, avec
des bistrots réputés comme Tshileya, Boeing Bar, et Samy Bar, qui appartenait à
Samuel Badibanga, le père de l’ancien Premier ministre Samy Badibanga Ntita. La
commune avait également le premier abattoir de la ville, désormais à l'abandon.
Ndesha se distingue aussi comme le siège du protestantisme à
Kananga, abritant une grande cathédrale et une mission. C'est là que les
protestants fondent l'équipe de football RENAISSANCE DU KASAÏ (REKAS),
aujourd'hui connue sous le nom de TV TSHIPEPELE.
Terreau de nombreux
groupes musicaux
Pendant la deuxième République, un frère catholique de la
paroisse Sacré Cœur d’origine italien et au prénom de Jos, avait lancé des
activités culturelles intenses à Ndesha, particulièrement dans le quartier de Kamilabi.
Il avait amené des instruments qui lui avaient permis de créer la fanfare de
Kamilabi, la plus réputée de Kananga, ainsi qu’un orchestre, Kami Jazz, qui a
connu ses heures de gloire avec des musiciens réputés comme le guitariste
bassiste et chanteur Bofua Boris (chef d’orchestre), le soliste de talent
Bekali Ndoki, et des brillants chanteurs comme Francis Mafuta ‘‘Djo Ballard’’,
Djodji Mitangu et Stiya Stoya.
Suite à une dispute consécutive à une mauvaise répartition
des recettes à l’issue d’un concert, Francis Mafuta, Bekali Ndoki, Djodji Mitangu
amenés par Stiya Stoya, quittèrent l’orchestre pour en créer un autre : Rastaman,
qui connut à son tour un grand succès dans la ville. La commune abita aussi d’autres
orchestres à succès comme Santima Musica, Fantomas etc.
Un Patrimoine à
préserver
Bien que Ndesha Centre ait un riche patrimoine culturel et
historique, elle n’a pas bénéficié du même plan urbanistique que Katoka, en
raison de son ancienneté. Aujourd'hui, la commune est en proie à la vétusté,
avec des infrastructures menacées par l'érosion. Ses avenues, autrefois
animées, témoignent d'un passé glorieux.
Ndesha est souvent perçue comme la commune populaire de
Kananga, animée par des bars, des kiosques, et une activité nocturne intense.
C'est dans ce cadre que de nombreux jeunes hommes découvrent la vie urbaine,
marquant leurs premières expériences dans ce milieu.
Conclusion
Ndesha Centre est une commune qui incarne la complexité de
l'histoire du Kasaï. Elle est le reflet des luttes et des espoirs de ses
habitants, tout en étant un témoin silencieux des transformations sociales et
urbaines. Alors que la commune fait face à des défis contemporains, son
héritage culturel et son rôle historique demeurent des éléments essentiels à
préserver pour les générations futures.
Sharon MUJINGA