Culture du Kasai
Culture du Kasai
Berceau du Mutuashi et des arts de pouvoir
Statue d’un guerrier lulua et la chanteuse Tshala Muana|Photo :
Droits tiers
Le Kasaï Central, au cœur de la République démocratique du
Congo, se distingue par une richesse culturelle et artistique exceptionnelle.
Terre des Baluba, cette province incarne à la fois la mémoire de l’empire Luba
et l’expression vivante de traditions qui mêlent poésie, musique, spiritualité
et art sculptural.
Le Mutuashi, souffle
musical et poétique
Symbole identitaire du Kasaï, le Mutuashi s’est imposé comme
un style musical et poétique unique, à la fois danse et chant, né de l’histoire
et des coutumes des Baluba. Plus qu’une simple expression artistique, il
traduit les rythmes de la vie quotidienne, marquée par l’agriculture de
subsistance – maïs, manioc, arachide – et par l’exploitation artisanale de l’or
et des diamants. Cette musique incarne la vitalité d’un peuple enraciné dans la
terre, mais ouvert à la modernité.
Parallèlement, la tradition orale conserve toute sa force à travers le Kasala, art poétique d’éloge hérité de l’empire Luba. Ces récits chantés glorifient les ancêtres, les chefs et les héros, tout en rappelant aux générations présentes les valeurs de courage, de dignité et de solidarité. Outre Elisabeth Tshala Muana, pionière de la modernisation de ce genre musical, il existe aujourd’hui de nombreux orchstres et artistes qiui excellent dans le Mutuashi. On peut citer le renommé Bayuda du Congo de Lelimba wa Kutshila, les Bayuda International de Kadiyoyo wa ku Demba issu d’une dissidence avec le précédent, Ntshontshoma, ainsi que Kapinga Marcelline et son orchestre Yoka Base qui se produisent tous les week-ends au rond point Huileries à Kinshasa.
Les Mbagani : culture et renaissance à Tshibala
Parmi les peuples qui participent à cette mosaïque
culturelle figurent les Mbagani, également appelés Bindji ou Binji, établis
dans le territoire de Kazumba, avec Kananga comme centre administratif.
Sous-groupe des Lubas, ils ont développé une identité culturelle forte, marquée
par une histoire religieuse et artistique singulière.
Leur fief, Tshibala, fut le siège d’une importante mission
catholique, Sainte-Marie, fondée en 1937. Cette implantation a favorisé
l’émergence d’une culture Bindji spécifique. Par la suite, d’autres missions
comme Kalomba, Nguema, Dibandishi, Kabinda-Gazungu et Katshiabala ont contribué
à la diffusion d’un modèle éducatif et spirituel profondément ancré dans la
société locale.
Aujourd’hui, Tshibala rayonne chaque année grâce au Festival
culturel et artistique de Tshibala (FESCAT). Ce rendez-vous, plus qu’une simple
célébration folklorique, constitue un projet de développement social et
communautaire. Il vise à promouvoir les transformations positives, avec des
retombées économiques et environnementales concrètes pour les populations
locales. En conjuguant valorisation des cultures africaines et action
citoyenne, le FESCAT symbolise la volonté des Mbagani de prendre en main leur
avenir.
Sur le plan artistique, ce peuple s’illustre notamment dans
la production de masques sculptés, dont certains masques-heaumes qui prolongent
la tradition rituelle et esthétique du Kasaï Central. Ces œuvres renforcent le
lien entre spiritualité, identité et mémoire collective.
L’art luba : masques
et statuaires
Le Kasaï Central est également le foyer d’un art raffiné.
Les Luba (appelés ici Lulua) y excellent dans la sculpture et la création de masques
Tshifuebe (ou Kifwebe), reconnaissables à leurs formes expressives, leurs
larges surfaces circulaires et leurs bandes noires et blanches rappelant la
force animale du zèbre. Ces masques, porteurs d’un pouvoir spirituel, sont
indissociables des rituels de transformation et de passage.
La statuaire luba, quant à elle, se distingue par des
figures féminines élégantes et hiératiques. Elles incarnent la royauté et
l’esprit des ancêtres, tout en rappelant la centralité de la femme dans la
transmission de la vie et du pouvoir spirituel.
L’univers Lulua et le
culte Cibola
La région Luluwa reflète une diversité culturelle encore plus complexe, façonnée par des bouleversements historiques et sociaux. Les sculptures Luluwa incluent notamment des représentations de femmes enceintes ou portant un enfant, souvent liées au culte du buanga bua Cibola. Ce dernier avait pour fonction de protéger la maternité, de prévenir les malheurs des femmes et d’assurer la réincarnation d’ancêtres dans les nouveau-nés. Ces œuvres, véritables objets de pouvoir, témoignent de la relation intime entre art, fécondité et continuité de la lignée.
Ces créations se répartissent entre deux registres :
-
un art de célébration, raffiné et destiné à
confirmer l’autorité et l’ordre social ;
-
un art transformateur, plus rudimentaire, dont
la fonction est religieuse, visant à provoquer le changement et à résoudre les
crises.
L’art Lulua révèle ainsi une tension permanente entre
stabilité et transformation, entre pouvoir et quête d’équilibre spirituel.
L’art Salampasu :
masques de guerre et d’initiation
Non loin de là, les Basalampasu de Luiza développent un art
puissant et impressionnant, centré sur les masques en bois décorés de cuivre et
de fibres. Ces masques sont au cœur des sociétés d’initiation masculine et des
associations guerrières. Leur esthétique anguleuse, leurs fronts bombés et
leurs bouches dentelées inspirent à la fois terreur et respect.
Chaque masque correspond à une étape de la hiérarchie
sociale : chasseur, guerrier ou chef. Leur port exigeait des épreuves
initiatiques et un investissement matériel important, symbolisant la bravoure
et la richesse de celui qui en détenait le droit. Dans les sociétés Salampasu,
l’art était donc indissociable du pouvoir, de la connaissance ésotérique et de
la légitimation du leadership.
Une culture vivante
et intemporelle
Au Kasaï Central, l’art n’a jamais été une activité
marginale. Qu’il s’agisse du Mutuashi qui fait vibrer les places publiques, du
Kasala qui immortalise les mémoires, des masques Bindji, Luluwa ou Salampasu
qui protègent, effraient ou enseignent, chaque forme exprime un lien profond
entre l’homme, la nature et l’invisible.
Cette province, traversée par l’histoire de l’empire Luba et
par des influences multiples, reste un berceau de créativité et de spiritualité.
Son art, tantôt célébrateur, tantôt transformateur, traduit une vision du monde
où la beauté, le pouvoir et la mémoire se confondent.
Le Kasaï Central apparaît ainsi non seulement comme un
espace géographique, mais comme un haut lieu de civilisation africaine, où
chaque masque, chaque danse et chaque festival sont les témoins d’un héritage
qui continue d’inspirer le présent et d’éclairer l’avenir. Le musée de Kananga
contient 650 pièces d’une grande beauté.
Ayanah KUPA
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