TERRITOIRE DE : Kazumba : Carrefour éducatif et agricole du Kasaï-Central
Le territoire de Kazumba est l’un des cinq territoires qui composent la province du Kasaï-Central, au centre de la République démocratique du Congo. Connu pour son rôle historique dans l’éducation et son potentiel agricole, Kazumba occupe une place importante dans le développement régional du Grand Kasaï.
Situation
géographique et socio-économique
Kazumba est situé à l’ouest de la ville de Kananga, capitale
provinciale du Kasaï-Central. Il partage ses frontières :
-
À l’est avec le territoire de Dibaya,
-
À l’ouest la province du Kasaï,
-
Au nord avec le territoire de Demba et la ville
de Kananga,
-
Au sud le territoire de Luiza.
Grâce à sa position, Kazumba est un nœud stratégique pour
les échanges interterritoriaux.
Kazumba s'étend sur une superficie de Superficie : 12
881km² et abrite une population estimée à 2 023 504 habitants, répartie en neuf
secteurs : Bulungu, Kafuba, Kavula, Matamba, Mboie (Tshibala), Miao, Muswaswa,
et Mutefu. Il bénéficie d’un climat tropical à deux saisons, propice à
l’agriculture, et d’un réseau hydrographique dense, bien que sous-exploité
(rivières Lulua, Tshibashi, Lueta, etc.).
Le tissu économique est essentiellement rural et informel,
articulé autour d’une agriculture de subsistance, du petit commerce, de
l’artisanat, de l’élevage extensif et de quelques activités extractives à très
petite échelle.
Population et culture
La population de Kazumba est principalement composée des
Lulua (Luba-Kasaï, parlant le Tshiluba) et des Babindi. La culture locale est
profondément enracinée dans les traditions luba et bindi, caractérisées par le
respect des aînés, la musique folklorique, les rites initiatiques et un
attachement à la terre.
L’organisation communautaire repose sur la solidarité, avec
des liens familiaux forts et une structure villageoise marquée par l’autorité
coutumière.
Éducation : un
héritage fort
Kazumba est célèbre pour être un haut lieu de l’éducation
dans le Grand Kasaï. C’est dans ce territoire que se trouvent plusieurs
institutions scolaires et religieuses historiques, notamment les centres
éducatifs fondés par les Pères Scheutistes et d'autres missions catholiques dès
le début du XXe siècle.
De nombreuses écoles secondaires et séminaires ont formé des
cadres importants du pays, faisant de Kazumba un territoire respecté pour sa
contribution intellectuelle.
Le territoire de Kazumba est l’un des plus vastes de la
province du Kasaï Central. Sa situation géographique, ses potentialités
agroécologiques et sa densité démographique en font un espace stratégique pour
le développement économique régional. Toutefois, le territoire reste confronté
à des défis majeurs liés à la faiblesse des infrastructures, à la précarité des
moyens de production, et à une faible intégration aux marchés nationaux.
L’agriculture, pilier
de l’économie locale
Le secteur agricole est la principale source de revenus pour
près de 80 % des ménages. Les principales cultures vivrières incluent le maïs,
le manioc, le haricot, l’arachide et le niébé. On note aussi la culture de
rente du coton dans certaines zones, bien qu’elle ait fortement régressé depuis
les années 1990.
Les pratiques agricoles restent cependant traditionnelles et
peu mécanisées, avec une dépendance forte aux aléas climatiques. L’absence de
routes rurales entretenues limite l’accès aux marchés urbains, en particulier
vers Kananga et d’autres centres de consommation.
Qualité et typologie
des sols
Les sols de Kazumba se rattachent principalement à la zone
de savane herbeuse et arbustive du centre-sud de la RDC, avec une dominance de
sols ferrugineux tropicaux, également appelés ferralsols.
Caractéristiques principales
:
Texture sablo-argileuse, avec une capacité de rétention
d’eau relativement moyenne ; faible teneur en matières organiques, notamment
dans les zones anciennement cultivées ; présence d’acidité modérée à forte dans
certains endroits, liée à la lixiviation (lessivage) causée par les fortes
pluies saisonnières ; bonne profondeur des sols, offrant un ancrage racinaire
favorable pour de nombreuses cultures vivrières (manioc, maïs, haricot,
arachide).
Cependant, l’absence de pratiques de jachère prolongée, le brûlis
répétitif, et la monoculture sans amendement ont entraîné, au fil des
décennies, une dégradation accélérée de la fertilité naturelle dans plusieurs
zones du territoire.
Contraintes agricoles
liées aux sols
Les contraintes majeures liées à la qualité des sols dans le
territoire de Kazumba sont les suivantes :
-
Appauvrissement en éléments nutritifs (azote,
phosphore, potassium) ;
-
Tassement des sols et érosion dus à l’absence de
couverture végétale permanente ;
-
Absence de rotation culturale ;
-
Carence d’analyse et de suivi pédologique : la
plupart des exploitants agricoles n’ont aucune information précise sur la
composition de leurs sols.
Moyens à mettre en
œuvre pour une agriculture plus rentable
a) Renforcement de la
fertilité des sols
- Utilisation des engrais organiques (fumier, compost,
résidus de récolte) pour restaurer la teneur en matière organique.
- Introduction raisonnée d'engrais minéraux, adaptés aux
carences spécifiques des sols, en s’appuyant sur des analyses pédologiques
locales.
- Pratique de l’agroforesterie, combinant arbres fixateurs
d’azote (leucaena, acacia) et cultures vivrières, pour stabiliser les sols et
enrichir leur structure.
b) Réorganisation des
pratiques culturales
- Rotation des cultures : alterner légumineuses, céréales et
tubercules pour réduire l’épuisement unilatéral des nutriments.
- Culture en courbes de niveau ou sur billons pour limiter
l’érosion hydrique.
- Utilisation de semences améliorées adaptées aux conditions
locales et résistantes à la sécheresse.
c) Appui technique et
formation des exploitants
- Création de centres d’appui agricole locaux pour
sensibiliser les agriculteurs aux bonnes pratiques de gestion des sols.
- Formation à la fabrication de compost, à l’agriculture de
conservation, et à la lutte contre l’érosion.
- Introduction de technologies agricoles simples et peu
coûteuses (houe améliorée, semoir manuel, outils de mesure de l’humidité des
sols).
d) Mise en place d’un
système de suivi et de recherche
- Cartographie pédologique du territoire, en collaboration
avec des instituts agronomiques et des partenaires techniques.
- Suivi des indicateurs de fertilité et diagnostic régulier
des terres exploitées.
- Expérimentation locale de techniques innovantes adaptées
aux sols de savane tropicale.
Élevage et pêche :
ressources sous-exploitées
L’élevage de caprins, bovins et volailles représente un
complément important pour les familles rurales, mais il reste freiné par le
manque de vétérinaires, de programmes d’insémination et de structures
sanitaires.
Quant à la pêche artisanale, elle est pratiquée sur certains
cours d’eau, mais souffre d’un encadrement institutionnel insuffisant et de
l'absence de filières de transformation et de conservation.
Activités
commerciales et artisanales
Le commerce local est centré autour des marchés ruraux
périodiques (notamment à Tshibala et Ndekesha) où s’échangent produits
agricoles, vêtements, outils et produits manufacturés. Le réseau de transport
demeure l’un des principaux obstacles à la fluidité des échanges.
L’artisanat local, essentiellement basé sur la vannerie, la
poterie, le tissage traditionnel et la forge, est peu valorisé économiquement
et reste cantonné à une consommation locale.
Infrastructures et
intégration régionale
L’économie de Kazumba est fortement contrainte par l’état
dégradé des infrastructures :
Routes : L’axe Kananga–Kazumba–Kalamba-Mbuji est stratégique
mais en grande partie non asphalté.
Éducation et santé : Bien que le territoire abrite plusieurs
écoles secondaires, établissements de santé et un hôpital de référence, les
équipements et personnels restent insuffisants.
Énergie : L’absence d’électrification en zone rurale limite
le développement de l’agro-transformation et des activités nocturnes.
Défis structurels et
perspectives de développement
Parmi les principaux freins au développement économique du
territoire de Kazumba, on peut citer :
-
Le manque d’infrastructures de transport et
d’énergie ;
-
La faible capitalisation agricole (accès au
crédit, semences, engrais) ;
-
L’absence de politique d’aménagement du
territoire cohérente ;
-
L’insécurité foncière liée à la coexistence de
droits coutumiers et modernes.
Cependant, plusieurs leviers existent pour améliorer la
situation :
-
L’organisation des coopératives agricoles et
d’éleveurs ;
-
L’introduction de technologies agricoles
adaptées ;
-
La réhabilitation des routes de desserte
agricole ;
-
Le renforcement du rôle des autorités locales et
des services techniques décentralisés.
Conclusion
Kazumba est un territoire riche d’histoire, de savoirs et de
ressources naturelles, avec un peuple résilient et engagé dans le développement
local. S’il bénéficie d’un soutien approprié de l’État et de ses partenaires,
Kazumba pourrait devenir un modèle de territoire rural éducatif et productif au
cœur de la République démocratique du Congo.
Malia MASANKA