COMMUNE DE : Katoka: Entre héritage colonial et fierté locale, la commune qui raconte Kananga
Vue du siège de la
commune de Katoka|Photo : Bena-Luluabourg.com
Luluabourg, 1953. Dans un contexte colonial, la création de
Katoka marque le début d'une nouvelle ère pour les agents de la fonction
publique, établissant un espace qui deviendra un symbole de diversité
culturelle et de développement urbain.
Les fondements de
Katoka
En 1953, le pouvoir colonial belge met en place la troisième
commune indigène de Luluabourg pour loger les fonctionnaires. Des
infrastructures sont bâties, connues sous le nom de « camp colonie » pour les
ouvriers et « fonds d’avance » pour les employés de l'État. Ces derniers
bénéficient de prêts hypothécaires pour accéder à leur nouveau domicile, ce qui
marque le début de la vie à Katoka.
La première vague d'habitants est dominée par les Baluba-Lubilanji
de Mbuyi-Mayi, suivis après l'indépendance par des ressortissants de Kazumba,
attirés par la proximité géographique de leur territoire.
Des changements
dramatiques : l’arrivée des Batetela
L’histoire de Katoka prend un tournant en 1959, suite à la
guerre Lulua Baluba-Lubilanji. Avec le départ des Lubilanji, la redistribution
des maisons devient inévitable. Olenga, un responsable local du service
immobilier, joue un rôle clé en facilitant l'acquisition des logements pour ses
compatriotes Batetela, qui avaient été déplacés du Sankuru et de Bakwanga. Cela
explique la forte présence de la communauté Batetela à Katoka, qui, au fil du
temps, s'est intégrée à la culture Lulua.
L’Urbanisation de
Katoka : un projet Révolutionnaire
Contrairement à certaines idées reçues, l'urbanisation de
Katoka ne se limite pas à l'empreinte coloniale. À partir de 1960, sous le
gouvernorat de Mukenge Shabantu, un projet de coopération avec l'Allemagne
permet à la société belge Dumont Vandervoert d’asphalter les rues de Katoka. Ce
projet, mené entre 1965 et 1968, transforme le paysage urbain, dissocié des
constructions coloniales antérieures.
Figures Marquantes de
Katoka
Parmi les premiers Lulua de la commune, Barthélémy Mukenge
se distingue. Enseignant à l’école catholique Notre Dame, il est également
membre influent de l'association Lulua Frères, et devient le premier gouverneur
congolais du Kasaï à l'indépendance en 1960.
Une Commune aux
quartiers dynamiques
Katoka s’étend entre le centre de Luluabourg, aujourd'hui
Kananga, et la rivière Lulua, exploitant des ressources hydroélectriques encore
inexploitées. Ses quartiers comprennent :
-
Katoka 1er (Katoka Epro) : Lieu actuel du
siège communal.
-
Katoka 2 et Katoka 3 : Ce dernier ayant
abrité le premier siège communal.
-
Kapanda Mbuebue : Connu pour sa mission
catholique et ses infrastructures sportives.
-
Tshilumba : Autrefois une pépinière de manguiers,
connectant histoire et agriculture.
-
Kele-Kele : Réputé pour son marché animé et
son ancien stade, aujourd'hui un centre commercial.
Un fief de la culture
kanangaise
La commune de Katoka est un fief important de la culture
kanangaise. C’est ici que se situe L’Institut des Beaux‑Arts de Kananga (comme
ceux de Kinshasa et Lubumbashi, sous la tutelle de l’Académie des Beaux‑Arts –
ABA) propose deux grandes branches de spécialisation : les arts plastiques et les
arts graphiques. Mais la commune a connu également un réel fourmillement d’orchestres.
Dans les années 70, il y eut Sakuba, qui fit même une tournée à Kinshasa et
enregistra quelques chansons avec le soutien de l’Empire Bakuba de Pépé Kallé.
C’est dans la décennie 80 que Katoka a connu son âge d’or de la musique, avec
les orchestres comme Amigos Lolaka de Tshiamumbende (aujourd’hui chef des
travaux à l’ISP/Tshikapa), Miguel Stars de Féfé, Stujas de Kabenga Lita. Vers la
fin des années émergèrent deux nouveaux orchestres qui firent la fierté de
cette commune : Victoria Mabaya de Eva Ntshanga Ngalamulume, qui surfait
sur le vedettariat du style Viva la musica et Victoria Eleisson dont il utilisait
le style du reste. Victoria Mabaya était constitué, outre Eva Ntshanga, de
nombreuses vedettes comme les chanteurs Tshisungu Djo Mali, Benjamin Mukenge
dit Mfumu Ntaku, et Tshilutu, ainsi que le drummer Kabasele Maskis, aujourd’hui
agent de la DGM au Kongo central.
En face, il y avait Zanga Zanga d’un autre Ngalamulume,
Dengo. Il misait sur le style Zaïko. Dengo était un chanteur de charme. Le
chanteur Rio aujourd’hui dans Wenge BCBG de JB Mpiana y a évolué pendant un
moment.
Conclusion
Katoka incarne l'évolution d'une communauté, façonnée par
des migrations, des défis politiques et des transformations urbaines. À travers
ses habitants et leur histoire, Katoka continue à enrichir l'identité de
Luluabourg, offrant un aperçu fascinant de son passé et de son avenir.
Malia MASANKA