Elisabeth Tshala Muana
Artiste musicienne
DIVA DU KASAI ET DE LA RDC : TSHALA MUANA, UNE LEGENDE VIVANTE A JAMAIS
Élisabeth Tshala Muana Muidikayi, plus connue sous le nom de Tshala Muana, restera à jamais gravée dans les mémoires comme l’une deUNs plus grandes voix de la musique congolaise. Surnommée affectueusement « Mamu Nationale » et « Reine du Mutuashi », elle a porté haut les couleurs de la culture du Kasaï, mêlant grâce, voix puissante et engagement farouche.
Née le 13 mai 1958 à Élisabethville (aujourd’hui Lubumbashi),
au cœur du Congo belge, Tshala Muana est la fille du lieutenant Amadeus
Muidikayi, officier de l’ANC assassiné sur le front à Watsa, et d’Alphonsine
Bambi wa Ntumba, une mère au foyer. Son destin, marqué par la douleur, va
pourtant s’élever vers la gloire.
Des débuts modestes à
une carrière flamboyante
Tout commence à Kananga, où la jeune Tshala Muana danse dans
les groupes d’animation du MPR. En 1975, lors d’un concours national à
Kinshasa, elle choisit de rester dans la capitale, embrassant une carrière
artistique au sein du groupe Tsheke Tsheke Love de Mpongo Love. Un an plus
tard, elle rejoint l’orchestre Les Redoutables d’Abeti Masikini, où elle côtoie
la future star Mbilia Bel.
Mais c’est en 1978, en Afrique de l’Ouest, que sa destinée
musicale prend un tournant décisif. Du Nigéria à la Côte d’Ivoire, en passant
par le Togo, elle s’impose comme une étoile montante. Son premier 45 tours, «
Amina », enregistré à Paris en 1981, la propulse sur la scène internationale.
Le Mutuashi, rythme traditionnel kasaïen qu’elle modernise, devient sa
signature.
Un palmarès hors
norme
Installée à Paris en 1984, Tshala Muana enchaîne les albums
– 19 au total – et les tournées mondiales. Elle accumule médailles, trophées,
disques d’or, et est faite chevalier de l’Ordre national du Léopard par le
président Mobutu. Son aura dépasse les frontières : elle devient une véritable
ambassadrice de la culture congolaise.
En 1990, les chefs coutumiers du Grand Kasaï la consacrent «
Ambassadrice de l’art et de la culture kasaïenne ». Sa musique figure dans le
film culte La Vie est Belle (1987) et dans Aya de Yop City. Elle tourne
également dans le film malien Fato.
Une voix engagée au
service de la nation
À la prise de pouvoir de l’AFDL en 1997, Tshala Muana
retourne en RDC, où elle se lance en politique. Elle fonde le Refeco
(Regroupement des femmes congolaises), puis devient députée nationale en 1999.
Elle met sa musique entre parenthèses, mais revient en force en 2003 avec
l’album « Dinanga », porté par le hit « Malu », un immense succès.
Sous l’aile de son compagnon et manager Claude Mashala, elle
fonde le groupe Dynastie Mutwashi et poursuit son combat culturel et politique.
Militante active du PPRD, elle dirige la Ligue des femmes du parti, marquant
les esprits par son charisme et son franc-parler.
En 2020, sa chanson controversée « Ingratitude » lui vaut
une arrestation par l’ANR. Nombreux y voient une critique déguisée du président
Félix Tshisekedi. Elle reste fidèle à ses convictions et à son engagement en
faveur de Joseph Kabila, qu’elle n’a jamais renié.
Un dernier souffle,
une légende vivante
Le 10 décembre 2022, Tshala Muana s’éteint à Kinshasa, à
l’âge de 64 ans. Mais son héritage, immense, continue de vibrer dans les cœurs
congolais et africains. Artiste, militante, pionnière, Tshala Muana fut bien
plus qu'une chanteuse : elle était une institution, un symbole, une flamme.
Stéphane Joël KANDE